"Ce matin, je suis parti courir dans les collines. Arrivée au pied de la montagne du souvenir sur laquelle se trouve de monument de la grandee guerre 1941-1945 (pour les soviétiques, la guerre a commencé en 1941), les grilles étaient fermées. Les avions russes sont encore présents aujourd'hui sur l'aéroport alors que les chinois et les ouzbeks sont déjà partis hier. Je suppose que les officiels russes sont restés pour une cérémonie en souvenir de la grande guerre patriotique. Et donc un jeune soldat en arme se tenait derrière cette grille habituellement ouverte. Elle était fermée et barrait toute la route entre deux murs, sur vingt mètres de larges et cinq de haut. Le soldat m'aperçoit et me voit continuer à courir vers la grille. Il attrape frénétiquement sa radio et se met à parler très rapidement puis saisi sa Kalachnikov. J'ai levé une main et lui ai dit en Franglais-Russotadjik pour sourd-muet-malcomprenant "Nié problem" et ai fait demi-tour juste devant la grille. Il avait du me prendre pour un kamikaze près à se jeter tête baissée sur le fer forgé. J'aurais même pu érafler la peinture..."
"Je vous envoie un exemplaire de la revue de presse que l'on reçoit plusieurs fois par semaine. Surligné en jaune, l'article relate une découverte pour les journalistes : on nous aurait menti ! La section du 8 serait restée abandonnée, sans appui, soutien, ravitaillement ni renfort pendant plusieurs heures sous le feu ennemi. C'est incroyable car c'est exactement le récit fait par tous les rescapés de l'embuscade"
"Sorti de l'aéroport, j'ai pris ma place dans le trafic tadjik. Les rues font jusqu'à 50 mètres de large, héritage de l'urbanisme soviétique. Il y a plus ou moins des voies, plutôt moins d'ailleurs et personne ne les respecte. Il y a des feux tricolores qui clignotent bizarrement dans un ordre qui semble à mes yeux occidentaux aléatoire. De toute façon, les feux paraissent avoir pour les autochtones motorisés une signification vaguement indicative, du type "Ralentir, danger". Il y a une bande d'arrêt, mais personne ne s'y arrête ; on ne s'arrête pas non plus à hauteur du feu. On avance jusqu'à être franchement dans le carrefour et alors on le traverse très rapidement. Ou bien on se fait klaxonner et alors on recule. Les feux ont des implantations variables, du style de l'autre côté du carrefour. Il faut donc observer les autres voitures et imiter leur comportement, même si l'on n'a pas compris la raison de leur ralentissement. Souvent, un feu est en panne. Cela ne fait rien, il faut tenir compte du feu dans la direction opposé, celui caché parmi les branches. On klaxonne surtout. Tout le monde et tout le temps. Même dans les lignes droites, sans croisement, sans circulation, sans piéton à qui dire bonjour, le tadjik use de son avertisseur. Cela a probablement une fonction sociale, mais laquelle ? Au milieu de la chaussée, il y a des parpaings, ou des rochers, ou des cartons, ou tout autre objet volumineux excepté un triangle de signalisation. Méfiance, cela signifie qu'il y a des travaux en cours et une bouche d'égoût sons plaque derrière. On voit parfois le véhicule que l'on suit faire un écart brusque. Il faut donc le suivre pour découvrir une barre de fer sortant du bitume, ou un coin de dalle de béton, ou bien éviter un chien ou une vache endormie. Et puis il y a tous les piétons traversant partout et tout le temps, sauf bien sûr dans les passages protégés et quand leur feu est vert. Et puis les policiers locaux, un tout les 50 mètres en centre-ville qui ranconnent nonchallament la population, mais ma plaque diplomatique me préserve de ces échanges unilatéraux. Les avenues de DOUCHANBE peuvent être d'aussi bonne qualité que les artères des villes françaises. Il suffit de prendre la première petite rue pour se retrouver dans un chemin de pierre défoncé n'ayant jamais connu l'asphalte et dont la dernière réfection remonte peut-être au passage d'Alexandre le conquérant. Et partout des canaux où circule une eau vive au fonction multiple : alimentation, lavage de voiture, toilettes, vaisselles et bien sûr évacuation. Après quelques semaines, j'ai pris une conduite tadjike. J'ai bien observé les conducteurs locaux et n'ai pu determiner si la priorité était à gauche ou à droite. Pourtant, il y a des panneaux "Cédez le passage" ou "Route prioritaire" partout. J'en déduis donc qu'il doit y avoir un système variable, comme chez nous le stationnement alterné. Malgré ce qui précède, il y a très peu d'accident. Un accident est d'ailleurs facile à repérer. Toute la population locale se rassemble au milieu de la route et obstrue la circulation. Là encore, probabilité de fonction sociale, mais laquelle ? Je ne suis pas certain de réussir à me réadapter aux règles de notre code de la route. Je vais m'acheter plutôt un VTT en rentrant"
Départ le 17 juin 2008... retour dans 5 heures!!!